Enfumage présidentiel
Par Pierre BOUKHALFA le vendredi 6 février 2009, 22:03 - Média - Propagande - Lien permanent
Editorial de l’édition du samedi 7 février 2009 de l’Humanité
"Enfumage présidentiel", l’éditorial de Patrick Le Hyaric
Le télé-président avait deux objectifs :
- tenter de diviser celles et ceux qui se sont mobilisés afin d’étouffer les mouvements sociaux en cours dont il redoute qu’ils se développent.
- Ramener vers lui une partie de ceux qui l’ont élu et qui ont perdu leurs illusions.
Le moment est extrêmement grave. Le tsunami de la crise économique et sociale est à l’œuvre. Pourtant nous n’avons eu droit qu’à un déluge de bonnes paroles. Pas de réponse aux urgences sociales, exprimées avec force le 29 janvier, dans les hôpitaux et les universités, à la Guadeloupe et à la Martinique. C’est dès le départ que le Président embrouille les gens en faisant comme si la crise actuelle prenait sa source dans la nature. Un mauvais virus, en somme !
Non, la crise est le résultat de décisions politiques, inspirées de la pensée unique ultralibérale mondiale. En niant aujourd’hui la question fondamentale des moyens nécessaires au développement des capacités humaines, N. Sarkozy ne fait qu’aggraver toutes les difficultés.
C’est bien le capitalisme dans ses fondements qui est en cause. Ainsi l’argent distribué aux banques et à certains secteurs économiques ne sert ni à l’emploi, ni aux salaires, ni aux investissements, mais à la reconstitution des marges de ces derniers.
Il faut de vrais débats publics sur les issues possibles à la crise.
Le Président prétend favoriser l’investissement. Mais l’annonce principale de son émission est la suppression de la taxe professionnelle…immédiatement applaudie par la patronne des patrons.
En prime, il nous a servi un gros mensonge. Car les recettes totales de la taxe professionnelle sont de 28 milliards d’euros et non pas de 8 milliards. Ce nouveau cadeau scandaleux aux grandes entreprises aboutira précisément à réduire les investissements publics dont les trois-quarts sont réalisés par les collectivités territoriales qui en seront privés. Pire, il asphyxie les communes et les départements. Une véritable réforme de cette taxe devrait inclure les actifs financiers des entreprises et servir réellement l’emploi et l’investissement productif.
Comment peut-on faire croire qu’on peut supprimer la taxe professionnelle d’un trait de plume et ne pas baisser la TVA sur les produits de première nécessité ?
Comment peut-on dire que la priorité c’est l’emploi, alors que l’Etat organise le plus grand plan de licenciements avec la suppression d’un poste sur deux dans les secteurs publics ?
L’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires est une belle ineptie au moment où l’on prive chaque jour des milliers de salariés de leur travail.
Quant au prétendu nouveau « partage des profits », il n’est que fable sans législation pour y contraindre, sans changer la gérance des entreprises et sans donner des pouvoirs réels d’intervention aux salariés dans la gestion de celles-ci.
Il faut cesser de tourner autour du pot ! Une augmentation du SMIC, des prestations sociales et des mesures incitatives d’augmentation des petits et moyens salaires sont indispensables. Un dispositif pour bloquer les plans de licenciement partout où l’on fait des profits doit être mis en œuvre. Les services publics doivent être défendus et améliorés.
Dans sa crise, le capitalisme mue, se refonde, mais c’est pour mieux rester le capitalisme prédateur, exploiteur des salariés, des privés d’emploi, des retraités et de nouvelles couches de la société comme l’encadrement, ou la plupart des petites et moyennes entreprises.
La matrice de cette politique ultra libérale que constituent les traités européens doit être abandonnée au profit d’une Europe nouvelle, portant en son cœur les questions sociales et démocratiques. C’est ce que porte le front de gauche en gestation -qu’il faut élargir sans exclusive- pour changer l’Europe.
Il faut que cessent maintenant ces opérations d’enfumage et de tentatives de division.
Il faut de vrais débats publics sur les issues possibles à la crise. Que la télévision le fasse ! Le peuple doit pouvoir juger et agir en connaissance de cause.
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