Intervention de Charlotte Meierhofer, Conseillère municipale communiste de la Ville de Genève

Mercredi dernier, à quelques dizaines de mètres d’ici, de jeunes néonazis bêtes et méchants ont sévi, gratuitement. Ils ont passé à tabac trois personnes pour la seule raison qu’elles avaient la peau noire.

Ces extrémistes en quête de sensations fortes ont une nouvelle fois concrétisé de la manière la plus lâche et la plus brutale les fantasmes xénophobes et racistes entretenus par un parti gouvernemental indigne de notre pays.

Car le discours actuel de l’UDC n’y est pas pour rien. Ce parti, qui alimente de plus en plus les peurs et la haine, porte une lourde responsabilité dans le développement du phénomène néonazi.

Les campagnes de l’UDC entretiennent un climat délétère. Elles divisent la population avec la funeste vieille méthode des boucs émissaires. Ces campagnes, comme celle qui salit à coups de centaines de milliers de francs les murs de notre ville en ce moment, banalisent le racisme. Cette banalisation pousse certains individus extrémistes et haineux au passage à l’acte ; elle développe en eux un sentiment d’impunité.

Les néonazis n’ont certes pas attendu l’UDC pour exister… mais ils ont trouvé en ce parti un porte-parole de choix pour assurer leur développement.

Il faut face à cette grave dérive affirmer sans détours notre attachement aux valeurs de tolérance et d’intégration qui fondent notre République.

Nous devons nous rassembler autour de ces valeurs et affirmer d’une seule voix que nous avons tous, suisses et étrangers, le même intérêt : faire barrage à la connerie violente d’individus qui croient résoudre la question sociale par une réponse raciale.

Ce combat pour la dignité de tous les résidents de notre pays est fondamental. Les moutons noirs dans notre pays ne sont pas les travailleurs immigrés ou les requérants d’asile, mais bien ces notables drapés de rouge et blanc qui peinent à cacher leurs chemises brunes et à condamner fermement les embryons nazis qui ont sévi l’autre jour.

Soyons unis face à eux. L’intolérance ne peut être tolérée !


Intervention de Xavier Carlo, militant communiste
" L’Humanité sera une ou ne sera plus " (Malik Ben Nabi)

Il serait beaucoup trop facile de limiter notre indignation et notre condamnation à ses groupuscules malsains suintant la haine et la stupidité. Il est aussi nécessaire de souligner et de condamner la responsabilité morale et intellectuelle d’une partie de la classe politique suisse qui n’a que trop facilement accès aux médias pour diffuser ses thèses insidieuses. Ces gens, par des amalgames douteux (immigrés=délinquance=drogue=violence=non respect des lois=profiteurs et fraudeurs), désignent à la population suisse, en proie à une inquiétude grandissante et à une paupérisation préoccupante, des boucs émissaires parfaits : les immigrés (de plus, ces derniers non souvent pas le droit de vote). Comme les vrais démagogues qu’ils sont, ils proposent des solutions simples pour des problèmes complexes. Ces mouvements pourraient être réunis sous l’appellation du « Parti de la Peur »

Plusieurs fais d’armes illustrant cela sont à relever : dans son document stratégique sur la politique d’asile de mars 2006, l’UDC demande d’établir une statistique de la criminalité étrangère en fonction de la nationalité respective des auteurs et insiste sur le fait que l’immigration représente : « une agitation politique qui met en péril notre pays. » M. Blocher a aussi assimilé des Albanais à des criminels. Ce dernier, lors de sa visite en Turquie, n’a-t-il pas déclaré que l’article 261 bis du Code pénal réprimant la haine raciale et l’atteinte à la dignité humaine lui « faisait mal au ventre » encourageant ainsi une grande partie des élites turcs à continuer à nier le génocide arménien ? Récemment encore ce même parti lors de la dernière révision de l’AI, a parlé de « balkanisation » au sujet de cette assurance. On ne peut terminer cette sinistre liste sans mentionner la dernière affiche de l’UDC montrant un montant blanc qui donne un coup de pied à un mouton noir.

Il ne faut pas oublier les deux dernières lois acceptées par le peuple le 24 septembre 2006 (Lasi et Letr) et durcissant considérablement les possibilités pour les ressortissants non européens de venir s’établir en Suisse sont largement inspirées par les thèses de ce parti. Il faut rappeler que ces lois permettent de placer en détention des jeunes dès l’âge de 15 ans. Là-aussi de nombreux partis politiques ont suivi les opinions des plus durs et n’ont pas osé clairement exprimé leur rejet de ces lois abjectes. Ces lois préoccupent d’ailleurs Amnesty.

Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, qui a effectué une visite dans notre pays en janvier 2006. Il a rédigé un rapport consistant sur ce problème qu’il a présenté en mars 2007 auprès du Conseil des droits de l’homme.
Ce rapport nous apprend que le racisme est un phénomène profond et inquiétant et que de nombreuses communautés immigrées se sentent menacées en Suisse (africains, musulmans, réfugiés déboutés). Le rapporteur déclare : « la place croissante, dans les discours politiques et les médias, de la rhétorique de la défense de l’identité nationale et de la menace de la présence allogène » puis il ajoute que cette opinion démontre qu’il y a un courant politique xénophobe qui favorise ces thèses. Il déplore « la faiblesse de la stratégie politique et juridique actuelle ». Il a aussi critiqué le nombre d’actes de violence policière dont les auteurs restent souvent impunis.
Comme pour illustrer ces propos, un porte-parole de l’UDC avait d’ailleurs attiré l’attention en affirmant que la Suisse n’avait pas de leçon à recevoir d’un Sénégalais. En Suisse, on assiste donc à une blochérisation de la vie politique suisse : la droite court derrière l’UDC et la gauche entre à son tour dans cette funeste course.

Mais ce qu’il y a aussi d’extrêmement préoccupant est cette forme de racisme spécifique qui se manifeste à l’encontre des musulmans habitant en Suisse. Certains partis sont en effet responsables de souffler sur le brasier de la haine interconfessionnelle en prenant de nombreuses positions contre les musulmans de notre pays.
Ainsi, dans son communiqué en date du 9 septembre 2006, l’UDC requiert un retour aux valeurs chrétiennes dans notre pays (nos concitoyens de confession juive apprécieront ainsi que les athées et les agnostiques) en argumentant que les étrangers ne respectent plus nos valeurs parce que : « l’Islam place la religion au-dessus de l’Etat. ». Puis ce texte fait allusion au conflit de civilisation si cher à l’empereur Bush II pour démontrer un danger face à la présence d’immigrés musulmans. Les actes démagogiques contre cette communauté se multiplient : photo du passeport suisse avec l’image de Ben Laden publié lors des votations sur la naturalisation facilitée en 2004, opposition régulière à l’édification de lieux de culte musulman ou de cimetières, moratoire proposé par l’UDC valaisanne sur la naturalisation des musulmans.
Plus récemment la scandaleuse et inutile initiative contre les minarets (puisque qu’il n’y a que deux minarets en Suisse et que les demandes actuelles ne concernent que quelques édifices) finit pas dévoiler le véritable visage de leurs auteurs. Ils cherchent à instiller une peur de l’Islam en faisant des amalgames douteux avec les événements internationaux. Ils assimilent donc la présence de musulmans en Suisse à des risques terroristes et à un danger pour l’identité suisse. Ils font donc un amalgame entre l’immigration, le terrorisme et les croyances religieuses d’une catégorie de résidents suisses. Dans un article paru dans le Courrier (édition du 22 mai 2007), Mme Sambuc dénonce une dérive générale dans le discours antimusulman qui imprègne la classe politique et médiatique.

Pourtant la grande majorité des musulmans sont intégrés comme le démontrent le rapport mandaté par la Commission fédérale des étrangers et rédigé par le groupe de Recherches sur l’Islam en Suisse (GRIS) qui exprime très clairement les faits suivants :
- la majorité des musulmans habitants en Suisse sont sensibles à la notion de laïcité,
- la plupart des musulmans pensent que leurs valeurs correspondent avec les valeurs de la démocratie,
- ces mêmes musulmans se sentent influencés par la culture suisse et veulent appliquer les règles de citoyenneté en vigueur.
Fort intéressant, un sondage paru dans l’Hebdo du 9 décembre 2004, indique que 65% des musulmans respectent avant tout la loi suisse. Les autres aspects dégagés par ce sondage démontrent que ces résidents sont fortement imprégnés des valeurs en vigueur dans nos contrées !

Mais où sont donc passés les politiciens, les journalistes, les intellectuels qui sont d’habitude si prompts à se manifester pour d’autres faits. Est-ce que ces gens-là attendent que l’on brûle des mosquées ou à la réédition d’une nouvelle Nuit de Cristal ou à des pogroms avant de se manifester ?

Que font les services de police concernés, eux qui étaient pourtant si zélés pour ficher des centaines de milliers de citoyens lors de la guerre froide et qui se dépensent sans compter pour piéger un intellectuel musulman genevois bien connu ?

Il faut rappeler ici que les massacres, les déportations et les génocides ont toujours commencé par des propos haineux visant à déshumaniser l’autre et à intoxiquer son propre peuple.

La bête immonde dont parlait Brecht ne semble pas définitivement morte alors soyons tous vigilants ; que les fascistes de tous poils sachent qu’ils nous trouveront toujours sur leur chemin.

En conclusion je propose l’expulsion immédiate de tous ces politiciens intellectuellement inféconds.